09 juin 2007

La « René Gillet » de mon père

        Les dimanches après midi, quand le temps le permettait, nous faisions de grandes ballades qui se terminaient immanquablement au jardin public. C’était un grand parc arboré, où il faisait bon flâner. Nos escapades dominicales étaient limitées en distance par le fait que nous nous ne possédions pas de moyen de transport, excepté le fameux vélo de ma mère. Un jour, mon père nous avait dit qu’il nous préparait une surprise pour le samedi suivant. Au jour dit, il sortie le matin et nous disant qu’il devait voir un collègue, qu’il serait de retour dans une heure ou deux et que « l’on verrait ce que l’on verrait ». L’expression de mon père m’avait amusé et aiguisé ma curiosité : j’attendrait son retour avec impatience. Il fut de retour pour l’heure du déjeuner. Il arborait un grand sourire et il nous convia à le suivre dans la cour derrière l’immeuble. Dans le couloir qui menait à la cour, il y avait une moto. Mon père nous avait dit un « c’est à nous maintenant » qui m’avait beaucoup impressionné. Elle était peinte dans un vert assez clair, entièrement, même les roues, et elle m’apparaissait énorme avec son large phare, son réservoir imposant et ses deux selles recouvert de plastique brun et munies de gros ressorts. « C’est une René Gillet 250 » avait claironné mon père. Je compris bien plus tard que « René Gillet » était la marque et « 250 » le nombre de centimètre cube du moteur. Le lendemain à l’école, j’épaterai mes petits camarades en leur affirmant fièrement que mon papa possédait une « René Gillet 250 ». Pour l’heure, mon père disait qu’il était temps d’aller déjeuner mais qu’après nous irions faire un tour avec la « René Gillet ». L’après midi, il installa ma mère sur la selle de derrière et me fit asseoir devant lui, sur le réservoir. L’engin avait été prestement démarré d’un coup de kick. Le moteur s’était aussitôt mis à pétarader et nous partîmes,  sans attendre, vers de nouvelles aventures ! Nous étions allé jusqu’à l’autre bout de la ville, puis sur les bords de la Marne. C’était un bel après midi ensoleillé et la balade m’avait enchantée. Nous fîmes souvent de telles ballades et à chaque fois mon cœur se remplissait de joie. Quand un autre gamin venait me rendre visite, je lui montrai immanquablement la « René Gillet ». J’en profitais pour me hisser sur l’engin au risque de le faire tomber, et je faisait semblant de conduire, tout en imitant le bruit du moteur avec ma bouche. C’est lors d’une de nos escapades dominicales que par hasard nous étions passé devant le grand garage à l’entrée de la ville. Mon père arrêta la moto pour jeter un coup d’oeil aux voitures d’occasion qui étaient garé à l’extérieur. Mon regard avait bientôt été attiré par une auto qui trônait sur un podium incliné qui la mettait en position de presque s’envoler dans les airs. C’était une « Simca Aronde » de couleur noir. Mon père avait dit qu’elle était belle mais probablement pas dans nos moyens. Quelques semaines plus tard, il l’avait acheté !

Posté par 78 Hugo à 18:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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