17 juin 2007

La mauvaise Aronde

        Un jour, mon cousin vint passer une semaine de vacances chez nous, pendant les congés scolaires. Il était un peu plus âgé que moi et il était plutôt turbulent. Un ami de la famille était parti dans le sud rendre visite à mon oncle et ma tante et il en revint accompagné du gamin. Comme convenu, il l’avait amené chez nous. La semaine n’avait pas été de tout repos pour mes parents et on ne peut pas dire qu’il ait eu la meilleure influence sur moi-même. Enfin, sa visite avait été de courte durée… Le dimanche suivant, nous devions l’emmener à Paris pour que la même personne puisse le prendre en charge et le ramener chez lui. Les trains étant rares ce jour là, mon père proposa de lui fixer un rendez-vous dans la capitale, à l’heure et au lieu qui lui convenait. Ce serait en fin d’après midi, au jardin des plantes, devant l’entrée principale. Dieu seul sait pourquoi le jardin des plantes avait été choisi. Devant le refus de ma mère de les accompagner, il avait dit qu’il me prendrait avec lui. La perspective de faire un tour avec mon père, et en plus dans l’Aronde de couleur noire, avait remplie mon cœur de joie. J’étais particulièrement fier de prendre place dans la Simca car mon père m’avait expliqué que ce n’était pas l’Aronde de tout le monde : c’était une « Aronde 1300 Montlhéry » ! Cette version était censée être équipée d’un moteur spécial un peu plus puissant que le normal : le moteur 1300 Flash ! En fait, ce nom avait été donné à ce model car une de ces voitures avait établie un recours sur l’ancien circuit de vitesse de Montlhéry. La voiture avait roulé jour et nuit et avait parcouru cent mille kilomètres sans problème, à une moyenne de plus de cent à l’heure. Les seuls arrêts avaient été pour ravitailler le véhicule en essence et pour changer régulièrement de pilote. J’avais appris tout ça en lisant des magazines de bandes dessinés qu’un ami à mon père lui avait donné pour moi. Ces magazines s’appelaient « Pilote » et comportaient toujours quelques articles des plus intéressants à mes yeux d’enfant. Je mettais un point d’honneur à prouver à mes petits camarades que je savais tout au sujet des « Arondes 1300 Montlhéry » et, bien sûr, je finissais mon speech par un « mon papa en a une, une vraie… ». La voiture était particulièrement rutilante ce jour là et elle brillait de tous ses chromes. Le trajet avait été une fête pour moi, même si je devais m’asseoir derrière car c’est mon cousin qui paradait devant, assis à coté de mon père. Une fois la voiture garée, l’endroit du rendez-vous trouvé et le « colis » livré, mon père avait dit qu’il fallait se presser de partir et que, avec un peu de chance, il pourrait me montrer quelque chose d’étonnant. Nous retournâmes à l’auto et mon père entrepris d’ouvrir sa portière, mais la clé rentrait avec difficulté et n’opérait pas le déclenchement de la serrure. La situation était des plus embarrassante. Je lui suggérait qu’une des portes était peut être resté avec sa serrure non fermée. En effet, la porte de derrière et du même coté s’ouvrit sans problème, et permit d’accéder à l’intérieur du véhicule et ouvrir la porte récalcitrante. Une fois installé, mon père entrepris de démarrer la voiture, mais la clé de contact refusait de tourner dans son logement. Déjà des hypothèses fusaient : un larron avait essayé de voler la voiture et n’avait réussi que de casser les différentes serrures, ou bien… Mon père était là de ces réflexions amères, quand je m’aperçus que deux voitures devant celle-ci il y avait une autre Aronde de couleur noire. Nous nous étions trompé de voiture ! L’incident nous fit beaucoup rire. Au retour, nous nous étions arrêté à une porte de Paris. Mon père m’avait dit que comme j’aimais les voitures, nous allions en voir et que celles-ci je ne les oublierais pas. Après le démantèlement des bases militaires américaines et le départ des soldats, il restait beaucoup de voitures américaines et leurs ventes avaient été organisées par de petits malins, aux portes de la capitale. La visite m’avait plu. Les monstres d’acier et de chrome m’avaient beaucoup impressionnés ! Quelle délicieuse après-midi se fut !

 En partant, mon père dit en rigolant que : « au moins une comme celle-là, on ne peut pas la confondre avec la notre ». Je pourrais ajouter maintenant que comme pour les trains, une Aronde peut en en cacher une autre…

Posté par 78 Hugo à 16:53 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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