17 juin 2007

L’Espagne

       L’Aronde allait nous permettre d’échapper au quotidien et, pour la première fois depuis notre arrivé en métropole, partir en vacance. Un collègue de travail de mon père lui avait proposé qu’ils se rencontrent pendant l’été. Cet homme était d’origine espagnole et passait tout ces congés à Santander, pas très loin de la frontière espagnole sur la côte atlantique. Il possédait là-bas une maison. Mes parents avaient décidés que nous ferions du camping et que nous passerions une quinzaine de jours à Santander. Le fameux collègue de mon père lui avait dit qu’il saurait trouver où nous irions camper. Ma grand-mère avait un prénom espagnol malgré qu’elle n’ait jamais mis les pieds dans ce pays : c’était ses parents qui étaient né là-bas. Elle cultivait une certaine nostalgie de cette contrée qu’elle ne connaissait pas. Le désir de faire plaisir à sa maman avait pesé dans le choix de mon père. Lui, il était né à Arzew, un petit village de pêcheur (à cette époque), où il avait côtoyé beaucoup d’espagnols. En ce temps là, beaucoup d’entre eux venaient pêcher au large des côtes algériennes : elles étaient réputées très poissonneuses. Certains s’y étaient même installés. Mon père avait passé une partie de son enfance à les fréquenter. Il en avait tiré une assez bonne connaissance de la langue ibérique et un certain désir de connaître cette terre d’où venaient ces grands parents. L’occasion était trop belle ! Et puis, il fallait étrenner notre magnifique Aronde avec un voyage mémorable. Les préparatifs avaient été aussi excitants car il fallait s’équiper de pied en cap pour notre escapade. « Le camping cela ne s’improvise pas », avait déclaré mon père. Je l’accompagnerai donc au « vieux campeur », un magasin spécialisé très connu. Il était à Paris et cela avait été l’occasion d’une belle sortie du samedi. J’était émerveillé par ce que je découvrais dans les rayons : une vraie caverne d’Ali Baba ! Sans nul doute, pour moi mon père passait pour un spécialiste du camping : j’en ressentais une grande fierté. Et puis, tout ce matériel acheté avait à mes yeux de gamin la valeur de présents de Noël. La tente, les piquets, cordes et autres sacs de couchage avait remplis une bonne part du coffre de la rutilante Aronde. Il devenait évident que celui-ci ne suffirait pas pour transporter nos bagages et une galerie de toit allait bientôt compléter notre équipement. A la dernière minute, ma grand-mère renonçât à nous accompagner car elle était affligée d’un état de fatigue très important. Elle était très déçut, mes parents et moi-même aussi. Cependant, quand je me remémore ce voyage qui tenait en grande partie d’une expédition, il valait sans doute mieux qu’elle ne nous accompagne pas. En fait, les bagages avaient envahis le coffre, remplis la galerie et quelques sacs avaient finis sur la banquette arrière de l’auto ! De plus, le voyage fut des plus long. Les routes nationales que nous empruntions étaient très fréquentées, parfois même embouteillées, et les performances de l’auto n’étaient pas très brillantes. En plus, le soleil était de la fête et la voiture devenait vite un four. Nous avions fait escale chez des cousins du coté d’Angoulême : le voyage avait pris deux jours. Cela avait été aussi une occasion de les rencontrer. Ce voyage avait été une vraie aventure, mais la récompense nous attendait à son terme : nous étions en Espagne. L’installation de la tente toute neuve avait été une joie pour moi. J’admirais la dextérité de mon père à manipuler cette carcasse de tubes, cette poche de tissus suspendu à celle-ci et qui allait devenir la chambre et, enfin, la toile qui allait parfaire l’œuvre. Même le montage des lits de camps avait été une manipulation extraordinaire pour moi. C’était mes premières vraies vacances et tout avait été si nouveau et inattendue ! C’était vraiment de belles vacances. Le lendemain de notre arrivée, mon père avait essayé de contacter son collègue mais l’adresse qu’il avait fournie était trop imprécise, et personne ne semblait connaître l’endroit. Cependant, le jour d’après, une surprise nous attendait à notre réveil : une personne appelait mon père à l’extérieur de la tente. C’était lui ! Il nous invita chez lui pour nous présenter sa famille, et nous étions resté une bonne partie de la journée avec eux. Il nous donna rendez-vous pour le lendemain soir : nous irions dîner dans un endroit très particulier. Le soir venu, il nous conduisit sur le port en nous précisant que nous allions manger au « sardinero ». A notre sortie de voiture, nous avions découvert que l’air était rempli de senteurs appétissantes. Plus loin, nous allions découvrir de longs grils fumants installés à même les quais devant les restaurants. De longues tables accompagnées de bancs étaient disposées autour. Il y avait déjà beaucoup de monde qui dînait là. De la musique traditionnelle et les rires des convives complétaient l’atmosphère de fête. Une fois installé, l’ami de mon père expliqua que l’on pouvait choisir les sardines que l’on voulait manger et qu’elles seraient cuisinées sur le grill, devant nous, et que nous aurions une salade composée pour les accompagner. La salade était surtout faite de tomates et elle était à volonté. Un énorme saladier avait été aussitôt posé sur la table. C’était délicieux et le festin se termina tard dans la nuit. L’ami de mon père, accompagné des siens, viendraient nous voir plusieurs fois durant notre séjour. La plage, les longues promenades sur le front de mer, le camping, tout cela avait été une merveilleuse découverte pour moi. C’était vraiment de magnifiques vacances pour le gamin que j’étais.

 A mon retour à l’école, j’avais tant de choses à raconter à mes petits camarades ! Tout à ma joie, j’allais oublier la déception de ma grand-mère, elle qui avait tant souhaitée voir la terre de ses origines. Quelques années plus tard, elle allait nous quitter sans avoir put réaliser son rêve.

 Bien sûr, il y aurait d’autres vacances et d’autres voyages mais jamais elles n’auraient le même goût que celles-ci.

Posté par 78 Hugo à 16:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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