17 juin 2007

La DS noire

La DS noire

 

 Ma mère avait une amie d’enfance avec qui elle était toujours restée en contact. Dès son arrivé en métropole (« après l’exode ») elle avait pris contact avec mes parents. Elle avait fait le grand voyage accompagné de son mari, bien sûr, et de sa mère. Les deux amies s’étaient d’abord écrit puis téléphonés. Puis, un jour ils vinrent nous visiter. Le mari de l’ami de ma mère dit qu’il avait garé sa voiture sur le trottoir devant l’immeuble et, se rendant compte que ce n’était pas exactement une brillante idée, il demanda qu’on lui indique un autre endroit. Mon père lui indiqua qu’il pouvait la laisser dans l’impasse après le pont de chemin de fer. Je me proposais alors, avec insistance, de lui montrer l’endroit. Après avoir obtenue l’accord de mon père, j’allais donc avec lui. Arrivé sur le trottoir, je découvrais l’engin : une superbe DS de couleur noire ! L’auto m’impressionnait beaucoup et semblait énorme à mes yeux d’enfant. Certes, j’en avais déjà vu mais celle-ci appartenait à l’ami de mes parents : c’était un peu comme si elle m’appartenait… Et puis j’allais m’installer dans l’auto et cela me remplissait de joie. De plus, j’avais une mission de guide qui me conférait une certaine importance. Je prenais mon rôle très au sérieux et déclarais qu’il n’était pas utile de quitter le trottoir pour rouler sur la route comme les autres autos, car il suffisait de passer sous le pont et tourner ensuite à droite. J’ajoutais que mon père avait fait cette manœuvre de maintes fois et qu’il n’avait jamais eu de problème. Mes réflexions de gamin amusaient beaucoup l’ami de mes parents. Il déclara que c’était d’accord, et que de toute façon c’était moi le capitaine de la manœuvre. Le démarrage fut un peu brusque et l’auto se cabra : cela m’avait surpris et impressionné. J’appris plus tard que cela était surtout dut aux suspensions particulièrement molles de l’engin. Elle n’était en rien comparable avec l’Aronde de mon père : ce fut, pour le gamin que j’étais, une vraie aventure. Nous roulions lentement sous le pont quand, soudain, un piéton surgit de derrière une pile. L’ami de mes parents dut freiner brusquement. La surprise passée, j’avais crue malin de déclarer un « c’est mieux de ne pas le toucher, cela aurait risqué d’abîmer la belle peinture de l’auto », qui n’eu pas l’effet escompté sur le propriétaire de la DS. Avec le recul, je comprends sa réaction, mais à l’époque j’en fus surpris. Nous reprîmes notre chemin et la voiture fut finalement garée dans le petit chemin en terre battue, qui jouxtait le talus de la voie de chemin de fer. Ma mission était accomplit et j’en tirais une certaine fierté. Cela m’avait fait oublié l’effet qu’avait provoqué ma mauvaise blague…

 Plus tard, nous irions les visiter à Creil, où il venait de s’installer. A cette époque, ils habitaient un quartier fait de plusieurs résidences récentes aux bâtiments de quatre ou cinq étages. Certaines bâtisses étaient construites de pierres meulières et avaient, pour l’époque, un certain cachet. De larges espaces verts avaient été aménagés et le quartier s’étendait jusqu’en lisière d’un bois et de champs de maïs. L’endroit avait l’air d’être agréable. Le seul inconvénient de cette ville, c’est qu’elle est située à soixante kilomètres de la capitale. Mes parents, à l’époque, travaillaient tous deux à Paris, cependant, quelques mois après, ils décidèrent d’aménager là. Le nouvel appartement était moderne, spacieux et avait toutes les commodités. Mon école était à proximité et elle était neuve elle aussi.

 Une nouvelle vie commençait et nous avions échappé des griffes du « lion d’or »…

 

Lyon

Novembre 2006

Posté par 78 Hugo à 16:58 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur La DS noire

    superbe tes blogs

    je visite tes blogs et je suis émerveillé quel talent , je t'embrasse amitié Nouria.

    Posté par Nouria, 30 juillet 2007 à 08:25 | | Répondre
  • Merci Nouria!!!

    Tu es la bienvenue!!!

    Amitié

    Hugo

    Posté par 78hugo, 11 août 2007 à 21:39 | | Répondre
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